[Gaugmk87] En finir avec l’antifascisme-spectacle

Zalka zalkawe at wanadoo.fr
Sat Nov 8 12:24:10 CET 2008


                        Lutter contre « le fascisme », « le néonazisme », « le racisme » et « l’antisémitisme » - incarnés dans un parti : le FN - c’est radicalement consensuel. Certains l’oublient trop souvent : la France est un pays où 55 millions de personnes ne votent pas pour l’extrême-droite. Bien évidemment, l’extrême droite, même ayant adopté un discours plus policé, même relookée, même se prétendant « socialement à gauche », est un fléau : il suffit de regarder combien a été désastreuse la gestion des municipalités dans lesquelles elle est arrivée au pouvoir. Mais, ce constat ne doit pas empêcher de s’interroger sur les raisons qui conduisent la quasi-intégralité de la classe politique française à verser dans l’anti-lepenisme obsessionnel compulsif.


Souvenons nous du 21 avril 2002 et des jours qui suivirent . Hommes politiques, journalistes [1], artistes, dans leur écrasante majorité, sommaient alors les bons citoyens d’aller voter Chirac au deuxième tour
 pour empêcher l’arrivée au pouvoir d’un milliardaire gâteux qui voyait dans son accession au deuxième tour un « complot » fomenté par la droite pour barrer la route au PS (donc qui ne souhaitait pas être élu). De pitoyables rumeurs annonçaient même Le Pen vainqueur contre Chirac. C’est ainsi que plus de 82% des votants plébiscitaient Chirac (participation : 79%). Un véritable triomphe, assurément, mais de quoi ? Pas de la clairvoyance en tout cas. La droite ne manque désormais aucune occasion de rappeler qu’elle a été très largement élue lorsqu’il s’agit de mieux faire passer sa politique de régression sociale.  Donc, au nom de la lutte contre le fascisme, tous les candidats évincés au premier tour – excepté Gluckstein et Laguiller (qui ont refusé de choisir entre les 
 deux fléaux) et Mégret (qui a appelé à voter Le Pen) – ont enjoint leurs électeurs de porter au pouvoir Chirac. Chacun savait pourtant parfaitement que Le Pen n’avait aucune chance d’être élu, que Chirac l’emporterait même sans les voix de la « gauche », que donner une victoire écrasante à Chirac revenait à cautionner par avance sa politique. Une absurdité donc ; d’autant plus qu’il aura fallu gommer bien des passages de la biographie de Chirac pour en faire un antiraciste militant qui a consacré sa vie à lutter contre la peste brune. Chirac, comme chacun sait, était un défenseur acharné de l’Algérie française [2] , se plait à disserter sur « le bruit et l’odeur » des immigrés et a pour épouse une catholique ultra-intégriste . Toujours est il que , grâce à un travail de propagande savamment mené , bon nombre de Français furent convaincus qu’être antiraciste et antifasciste en mai 2002 , ça consistait principalement à voter Chirac.

 
L’antifascisme-spectacle sert à détourner le prolétariat de la véritable lutte : celle contre la bourgeoisie. Dès lors , on comprend aisément qu'il soit devenu une véritable religion pour nos hommes politiques . Ces derniers donnent l’impression de participer à un concours : c’est à qui ira le plus loin dans la dénonciation du retour de la « bête immonde »... L’antiraciste professionnel Harlem Désir propose d’interdire le FN , purement et simplement . Henri Emmanuelli en fait autant . Au nom de la défense de la « démocratie » , il faut interdire un parti politique qui lui nuirait s’il arrivait au pouvoir . Motif ? Il tient des discours haineux ! Demain , peut-être , ces libéraux demanderont l’interdiction des partis d’extrême-gauche , arguant que ceux-ci tiennent des discours haineux envers les grands patrons ... Plus les politiques néolibérales menées par les partis bourgeois de gauche et de droite sont odieuses, plus la dénonciation du « retour de la peste brune » se fait v
 igoureuse . 10 % des Français sont mal logés ? Vite ! Dominique Galouzeau de Villepin s’empresse d’annoncer le démantèlement de groupuscules néo-nazis [3] ! Il y aurait en France près de 100 000 SDF ? Mon Dieu ! Quel catastrophe ! Interdisons les sites Internet négationnistes ! Le gouvernement procède à l’allongement de la durée de cotisations et tout ça pour , au final , avoir le droit à une retraite minable ? Une horreur ! Empêchons immédiatement Bruno Gollnisch d’exercer son métier de professeur ! Francis Mer déclare que les pauvres n’ont que ce qu’ils méritent ? Qu’importe ! Le peuple ne sera pas informé des méprisables propos du ministre , car le même jour – ou la veille , ou une décennie auparavant - Le Pen a dit bien pire , ce qui fera la une des journaux ! Des sans-papiers sont régulièrement expulsés bien que leur vie soit menacée dans leur pays d’origine ?  Criminel ! Abominable ! L’UE interdira , en conséquence, les symboles nazis !



Utile cet antifascisme-spectacle
 Et très bien inculqué à la jeunesse : une sorte de tradition veut que chanteurs (récupérés) , footballeurs (décérébrés) et autres artistes (ratés) – dès lors qu’ils sont un tant soit peu connus – disent tout le mal qu’ils pensent des « fachos » ou du « FN » . Le message est plutôt bien reçu chez les jeunes : Le Pen est perçu par beaucoup comme l’incarnation du Mal sur Terre, Satan,  l’envoyé du Diable, et cætera. Par contre, sur le système capitaliste dans son ensemble [4], rare sont ceux qui ont une critique radicale à formuler ! On ne peut quand même pas demander à d’influentes célébrités de se lancer dans une critique radicale d’un système capitaliste grâce auquel elles font fortune 
  Bref , le jeune d’aujourd’hui , il a une fâcheuse tendance à être complètement apolitique , mais il déteste Le Pen –  ce « facho ! » – parce que ça donne un petit air rebelle. Il va même manifester. Un esprit chagrin notera qu’il est à craindre que, parmi le
 s centaines de milliers de jeunes qui ont manifesté contre Le Pen en 2002 , beaucoup finiront par voter pour sa fille en 2012 . En ce doux printemps 2002 , « c’est le Front National qu’il faut éliminer » était scandé avec enthousiasme . Pourquoi n’a-t-on pas remplacé «le Front National » par « la finance mondiale » ? Cette expression aurait pourtant eu l’avantage de ne considérer le fascisme que pour ce qu’il est : une des formes – mais pas la seule – que peut prendre la domination de la bourgeoisie sur le prolétariat. Mais voilà , l’antifascisme-spectacle se doit d’être branché, festif et consensuel . Dit autrement : inoffensif.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Mérite une mention spéciale « France Inter dont les journalistes et animateurs jouèrent à Radio Londres sans la moindre retenue » (Elisabeth Lévy) . Deux ans et demi plus tard , ces mêmes journalistes , en direct de Kiev , se féliciteront ouvertement de la « révolution orange », c’est-à-dire de la prise de pouvoir vaguement « démocratique » d’un candidat pro-occidental soutenu par des nationalistes ukrainiens antisémites . Ce saisissant contraste permet d’évaluer la sincérité de ces journaleux lorsqu’ils se disent préoccupés par le retour de la « peste brune » qui serait un danger pour notre « démocratie » 


 

[2] Le Pen l’était aussi et, dans son cas, les journalistes ne manquèrent pas de le rappeler, généralement avec dégoût. Conclusion : être partisan de l’Algérie française n’est condamnable que si l’on est d’extrême-droite. 

 

[3] Dont la plupart des électeurs du FN ignoraient même jusqu’à l’existence.

 

[4] Fascisme et nazisme ne sont que d’ultimes recours , quand l’agitation sociale est telle que la bourgeoisie craint pour son pouvoir , quand la propagande ne suffit plus à assurer la docilité du prolétariat , quand ce dernier commence à avoir des initiatives dangereuses pour la survie du système capitaliste ( par exemple , la mise en place d’une réelle démocratie fondée sur l’organisation des prolétaires en conseils ; ce fut sporadiquement le cas en Allemagne à la fin de la Première guerre mondiale) , et cetera . Ce n’est évidemment pas un hasard si la prise de pouvoir des fascistes en Italie , tout comme celle des nazis en Allemagne , a été une grande satisfaction pour les milieux d’affaires internationaux et les gouvernements américains et britanniques.


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